Mieux voyager avec le tourisme responsable

Engagé depuis de nombreuses années sur le thème du tourisme responsable et du développement durable, Guillaume Cromer a travaillé sur différents territoires d’Afrique, d’Asie ou encore d’Europe. Aujourd’hui, il a accepté de faire un point avec nous, sur le tourisme responsable.

Guillaume Cromer est le vice-président de la Coalition Internationale pour un tourisme responsable. Il est également consultant international et formateur en tourisme durable au sein de SPE Tourism, un cabinet spécialisé sur ces thématiques qu’il a créé il y a moins d’un an.

Comment définiriez-vous la notion de « tourisme responsable » ?

Pour nous, le tourisme responsable est simplement le concept de développement durable appliqué à l’industrie du tourisme.
Ainsi, le tourisme responsable désigne toute forme de développement, d’aménagement ou d’activité touristique qui respecte et préserve à long terme les ressources naturelles, culturelles et sociales et contribue de manière positive et équitable au développement et à l’épanouissement des individus qui vivent, travaillent et séjournent dans ces espaces.

Les organismes et les différentes structures du tourisme sont-ils sensibles au tourisme responsable ? Comment l’appliquent-ils ? Cette prise de conscience est-elle récente ?

Aujourd’hui, le développement durable devient de plus en plus une norme dans l’industrie du tourisme. On voit apparaître des initiatives dans le monde de l’hôtellerie, des voyagistes ou des territoires d’accueil.
Dans le prolongement du Grenelle de l’environnement et de la médiatisation du réchauffement climatique, les consommateurs veulent donner plus de sens à leur voyage et commencent donc à s’interroger sur les dimensions sociales et environnementales de leur voyage. Ainsi, les professionnels sont dans l’obligation de suivre cette demande pour ne pas être décrochés par les concurrents. De plus, pour les territoires d’accueil et les hôtels, le développement durable rentre également dans une logique de réduction de charges due à la diminution des consommations en eau ou en électricité. Ainsi, le surcoût des travaux pour rendre un établissement aux normes écologiques peut être remboursé assez rapidement par ces diminutions de charges. Il ne s’agit donc pas uniquement de « sauver la planète », mais également d’être plus compétitif.
La prise de conscience est encore assez récente et toutes les initiatives ne sont pas encore parfaites, mais nous sommes dans un mouvement très intéressant, pas seulement en France, mais sur l’ensemble de la Planète. 
De plus, certaines entreprises tentent également de s’engouffrer dans cette « mode » en prônant leur éco-responsabilité uniquement dans leur consommation. Difficile alors pour le client de différencier le vrai du faux et du « greenwashing ».

On dit que les Français sont de plus en plus impliqués dans le développement durable, l’environnement, le mieux-vivre. Se sentent-ils également concernés par le tourisme responsable ?

Oui, comme je le disais, les Français sont clairement plus impliqués dans ces thématiques. Ils veulent donner plus de sens à leur voyage.
Selon une récente étude TNS Sofres commandée par Voyages-sncf.com, les Français sont de plus en plus nombreux à connaître et à comprendre la notion de tourisme responsable. Il reste malgré tout encore beaucoup à faire car le taux de départ en tourisme responsable est pour le moment d’environ 5% du total des voyageurs qui partent à l’international ce qui est encore assez faible.
De plus, le nombre conséquent de termes liés au tourisme responsable (durable, solidaire, éthique, équitable, écotourisme, etc.) rend la communication très floue pour le consommateur.
Ces derniers confondent encore beaucoup tourisme responsable et humanitaire ou volontariat alors que le tourisme responsable peut être réalisé par tout un chacun que ce soit en France ou dans le monde, pour rester sur une plage, découvrir une communauté africaine ou réaliser un trek en montagne.

Pour les prochaines vacances, avez-vous des conseils à donner à nos lecteurs qui souhaitent s’engager dans un tourisme plus responsable ?

Pour les prochaines vacances, le conseil est surtout de s’informer auprès de votre prestataire pour savoir s’il prend en compte la démarche de développement durable, que ce soit dans l’agence ou auprès de leurs partenaires locaux.
Si vous préférez partir dans un hôtel, n’hésitez pas à demander aux responsables de l’établissement les efforts qu’ils réalisent en faveur de l’environnement.
N’hésitez pas à visiter également le site du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) pour des vacances plus responsables.

2. CITR et Journée mondiale pour un tourisme responsable

Pouvez-vous nous parler de la CITR ?

La CITR a été créée en 2007. A l’origine, une association française, l’APSEC, travaillant dans la lutte du tourisme sexuel impliquant les enfants au Cambodge, avait décidé de lancer une journée mondiale pour un tourisme responsable & respectueux pour réaliser un travail de lobbying auprès des responsables touristiques des pays et des professionnels sur ce fléau qu’est le tourisme sexuel.

Aujourd’hui, les initiateurs de cette journée ont décidé de travailler uniquement sur les questions de l’exploitation de l’être humain au sein du GIPF (Groupe International de Paroles des Femmes). L’évènement renommé Journée Mondiale pour un Tourisme Responsable a donc été repris par des acteurs impliqués dans le domaine précis du tourisme responsable et du développement durable. Aujourd’hui, trois personnes tiennent la barre de la Coalition Internationale pour un Tourisme Responsable en France, il s’agit de Véronique Fayard, experte en tourisme et directrice de Ekimundi, société de commerce équitable, Julien Buot, coordinateur de l’Association pour le Tourisme Equitable et Solidaire (ATES) et moi-même.
La CITR regroupe également à ce jour 78 acteurs dans 40 pays à travers le monde. Ces acteurs sont soit des associations engagées dans le tourisme responsable, dans la protection de l’environnement ou encore dans la lutte contre la tourisme sexuel. Il y a également des territoires et des opérateurs touristiques engagés dans une démarche de développement durable. Ces différents acteurs organisent également la journée mondiale pour un tourisme responsable chaque 2 juin pour valoriser le tourisme responsable.
En France, nous pouvons citer l’ATES, l’association Aventure du Bout du Monde (ABM), l’association Voyageurs et Voyagistes Ecoresponsables (V.V.E.) ou encore IPAMAC.

Pour la 3ème année, vous organisez la Journée Mondiale pour un Tourisme Responsable, pouvez-vous nous en dire plus sur cette journée ?

La journée mondiale pour un tourisme responsable a pour objectif de sensibiliser au niveau international l’ensemble des acteurs impliqués dans le secteur du tourisme.
Chaque année, le 2 juin, est organisée la Journée Mondiale pour un Tourisme Responsable et chaque année, un thème précis est mis en avant afin de débattre d’un sujet parallèle au tourisme responsable.
La journée principale est organisée à Paris (France) où un pays est mis à l’honneur dans le cadre d’une table ronde.

  • La première édition de cette journée s’est déroulée le 2 juin 2007. Le thème était:  » Non au Tourisme Sexuel Crime sans Frontières
  • En 2008, le thème retenu fût :  » Le Tourisme comme moyen de lutte contre la Pauvreté  » et le pays à l’honneur était Haïti. La journée fût relayée au Cameroun, au Togo et au Bénin.
  • En 2009, le thème choisi sera: « Tourisme & Ressources en Eau » afin de mettre en lumière l’importance de limiter l’impact des projets touristiques sur les ressources fragiles de l’eau à travers le monde.Cette journée aura lieu Conseil régional d’Ile-de-France.
Déroulement de la journée
  • Dans la matinée, l’objectif sera de revenir sur le thème et le pays mis à l’honneur en 2008 (Haïti) afin de faire le point sur les avancées. Ainsi, nous verrons cette année qu’une mission exploratrice est en cours de réalisation à Haïti pour développer le tourisme responsable. Puis, nous attaquerons le thème des ressources en Eau avec un expert international spécialiste de ces questions-là ainsi qu’un expert en développement touristique à l’international. Cela permettra de montrer les impacts du tourisme sur les ressources en eau et les dangers auxquels nous serons confrontés dans l’avenir.
  • Dans l’après-midi, deux projets seront présentés, l’un qui montre que le tourisme peut avoir des impacts importants sur les ressources en eau et l’un qui prouve que l’on peut réaliser un développement touristique en accord avec la préservation des ressources en eau sur le territoire.
  • Enfin, une table ronde sera organisée pour mettre à l’honneur le Cameroun. Nous débâterons ainsi avec différents acteurs pour tenter d’expliquer les problématiques présentes sur le territoire camerounais en terme de développement touristique responsable et de préservation des ressources en eau. L’objectif sera de donner des prérogatives aux responsables politiques camerounais pour un développement durable du tourisme.
Etes-vous satisfait des deux éditions précédentes ? Cela a-t-il eu un impact ?

Les deux premières éditions ont été très satisfaisantes avec un public bien présent à Paris et des évènements de plus en plus nombreux à l’international.
En Afrique, ces évènements ont permis des prises de conscience importantes auprès des acteurs privés et publics des territoires africains. Le nombre de partenaires étant de plus en plus important d’année en année, on sent que la prise de conscience avance concrètement.

Un petit mot pour conclure ?

Si vous êtes intéressés par ces thématiques, n’hésitez pas à venir assister à la Journée Mondiale pour un Tourisme Responsable le 2 juin 2009 à partir de 10h au Conseil régional d’Ile-de-France (Salle Delouvrier au 35, boulevard des Invalides 75007 PARIS).
Toutes les informations sur la CITR et sur cet évènement sont sur notre site Internet.
A bientôt…

Guillaume Cromer, la Rédaction d’Ouverture-voyage vous remercie pour le temps précieux que vous lui avez accordé.

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